Les 20 grandes tendances qui vont marquer notre monde en 2020

  • by Muriel Robert
  • Déc 19, 2019
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  • Publié le 11 décembre 2019


Sandrine Chauvin

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Globe-trotteuse, curieuse par nature et tech addict … See More

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Le monde accélère. Des années de disruption technologique, de tumultes politiques et de mouvements perpétuels dans l’entreprise nous ont laissés à bout de souffle. La fin de l’année nous donne (enfin) l’occasion de ralentir pour mieux anticiper 2020.

Chaque année au mois de décembre, les journalistes de LinkedIn remontent leur fil d’actualité et contactent des dizaines de contributeurs réguliers sur la plateforme, afin d’identifier les grandes tendances qui vont dessiner les contours de l’année à venir. Quelles sont les conversations émergentes qui vont intéresser les professionnels à travers le monde, et plus particulièrement en France? 

En 2020, un thème semble pointer: après une décennie de profondes mutations, les professionnels interrogent la société que nous avons construit et les valeurs qui nous guident. Le capitalisme fonctionne-t-il aussi bien qu’il le devrait? Quelle planète pour les générations futures? Pourquoi les fondateurs de startups ont-ils été érigés en super héros? A quoi sert le travail? Et doit-il être le moteur de la réussite? LaFrance est-elle prête à un changement de paradigme?Au fond, il se pourrait bien que le mot de l’année soit: “EXISTENTIEL”.

On ne peut pas vous promettre d’avoir tout juste, mais nous nous engageons à rendre des comptes. L’an dernier, 58% de nos pronostics se sont confirmés dans les faits (voir la rétrospective – en anglais – de notre collègue George Anders). Cette édition 2019 de notre série appelée #BigIdeas a donc été très concluante. Et nous revendiquons humblement le droit de s’essayer à nouveau à cet exercice en vous proposant des prédictions pour 2020. 

Cette liste est évidemment loin d’être exhaustive. Même si nous vous présentions 100 présages, elle ne le serait toujours pas. Pour la compléter, nous vous invitons à contribuer à cet exercice de décryptage de l’avenir. A quelle grande tendance s’attendre selon vous en 2020? Partagez vos anticipations en commentaire ou en publiant un post, un article ou une vidéo sur LinkedIn avec le hashtag #BigIdeas2020. Et maintenant, découvrez les 20 Grandes Tendances, que nous avons repérées pour vous.

Auteurs: Isabelle Roughol, Marie Malzac, Mehdi Ramdani, Tiffany Blandin et Sandrine Chauvin

1. Vers une semaine de travail de quatre jours?  

Qui n’a jamais rêvé d’une semaine plus courte et plus efficace — et d’un week-end de 3 jours? Partout dans le monde, des entreprises testent la semaine de quatre jours : Microsoft l’a fait au Japon ; au Royaume-Uni, le parti travailliste l’a promis dans son programme électoral. Les résultats sont toutefois mitigés, d’autant que certains secteurs ont des temps de travail incompressibles (par exemple, les commerçants ou les infirmiers).

En revanche, selon les employeurs qui ont mené des expériences à petite échelle, la réduction du temps de travail n’a pas eu d’effet négatif sur les résultats, bien au contraire. “Réduire le temps de travail peut permettre de diminuer les coûts liés à la main-d’œuvre. Ainsi, elle est non seulement profitable à l’employeur, mais aussi à l’employé”, déclare John Pencavel, professeur d’économie à Stanford (Californie), qui a étudié l’impact des horaires de travail sur la productivité.

En France, plusieurs entreprises ont déjà franchi le pas. C’est le cas par exemple de Love Radius, une entreprise spécialisée dans la confection de porte-bébés. La croissance est au rendez-vous, avec plus de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018. Pour Charlotte Lockhart, PDG de l’organisation The 4 Day Week, le secret est d’impliquer les employés pour trouver des méthodes de travail plus efficaces. Perpetuel Guardian, l’entreprise de services financiers qu’elle a co-fondée, a fait passer ses 240 employés en Nouvelle-Zélande à une semaine de quatre jours. Résultat: les employés sont moins stressés, arrivent à mieux concilier travail et vie privée et tirent un meilleur parti de leur temps de travail. Et si le temps était le Graal des salariés?

2. La réforme des retraites oui, mais laquelle?

C’est l’un des grands chantiers du quinquennat d’Emmanuel Macron. Très contesté alors même que ses contours ne sont pas encore définis, le projet de loi sur la réforme des retraites est prévu pour le printemps. Il a pour objectif l’harmonisation des 42 différents régimes en un système universel où chaque euro cotisé “ouvrira les mêmes droits”.

Adieu notamment le calcul des pensions sur la base des 25 meilleures années, et des six derniers mois pour les fonctionnaires: c’est l’ensemble de la carrière qui sera ainsi prise en compte. Pour les agents de la fonction publique, ceux de la SNCF ou encore d’EDF, le manque-à-gagner pourrait être important. Les enseignants, par exemple, pourraient perdre de 700 à 900 euros bruts mensuels de pension, si le mode de calcul évoluait. D’où une demande de compensations de la part des syndicats.

Pour les plus modestes, la réforme pourrait toutefois garantir une pension minimum de 85% du smic net (soit 1023 euros) pour une carrière complète (43 années de cotisation dès 2025). L’enjeu? Assurer les générations futures de pouvoir bénéficier d’une retraite correcte, en dépit des évolutions démographiques… et éviter un déficit estimé entre 7 et 17 milliards d’euros à l’horizon 2025.

3. Fini le tabou de la santé mentale en entreprise

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la dépression et l’anxiété entraînent, à elles seules, une perte de productivité de 900 milliards d’euros par an pour l’économie mondiale. Pour les employeurs, c’est un vrai enjeu pour la fidélisation des talents. Et pour les employés, il s’agit d’un besoin grandissant. “Les grands groupes craignent de ne pas pouvoir gérer ce type de discussions de manière sûre à la fois pour l’entreprise et les employés”, explique Aaron Harvey, fondateur de Made of Millions Foundation. Après avoir connu une situation de ce type en tant qu’employeur, Aaron Harvey a publié un guide de la santé mentale au travail et lancé la campagne #DearManager sur les réseaux sociaux, afin d’encourager le dialogue. 

Néanmoins, parler de santé mentale au travail soulève des problèmes de confidentialité, de responsabilité juridique et de discrimination. Pour des raisons juridiques, la psychologue clinicienne Ellen Hendriksen suggère que seul un employé devrait initier cette discussion. En fonction de la culture de l’entreprise, les employés doivent d’abord déterminer s’ils s’exposent à un risque en partageant ce qu’ils ressentent. “Il est important de ne pas présenter vos difficultés de santé mentale comme un casse-tête que votre responsable doit résoudre”, explique l’experte. Les dirigeants peuvent montrer l’exemple en parlant ouvertement de leurs propres difficultés. Il est essentiel de créer une culture favorable, respectant la confidentialité et offrant une couverture adaptée aux salariés. 

« Le capitalisme doit mieux fonctionner si nous voulons que les gens y mettent de l’ardeur » – Glenn Kelman, PDG de Redfin –

4. La valeur même du travail est remise en question

Le travail doit-il être élevé au rang d’idole? C’est la question centrale, qui relie toutes les questions autour de la semaine de quatre jours, de la flexibilité du travail, la santé mentale en entreprise…et même les retraites. Les Européens ont toujours été dubitatifs, mais même les pays les plus obnubilées par le travail remettent maintenant en doute la culture hyper-connectée, centrée sur la réussite. Les membres de la classe aisée américaine ont entrepris d’élaborer des plans pour prendre une retraite anticipée, tandis que les travailleurs chinois commencent à se rebeller contre le modèle 9-9-6 (travailler de 9 h à 21 h, six jours par semaine). “Cette génération fait très attention au temps qu’elle consacre à son travail et celui qu’elle donne partout ailleurs,” constate Glenn Kelman, PDG de Redfin. Les dirigeants doivent s’adapter s’ils veulent attirer et retenir les meilleurs talents. 

Ce changement inspire à Glenn Kelman des sentiments mitigés. Il a développé sa carrière dans la Silicon Valley, à l’époque où il était commun d’avoir un sac de couchage sous son bureau. “Cette obsession de la productivité, la croissance et la compétitivité a incité chaque nouvelle génération à prouver son courage en travaillant tout le temps,” dit-il. Cette attitude pouvait être destructive, mais elle a également donné des résultats, tant pour les individus que pour les nations. Cet élan-ci a diminué. “Ceci vient en partie des fruits de la richesse et en partie d’un scepticisme plus profond vis-à-vis du capitalisme,” explique-t-il. “Le capitalisme doit mieux fonctionner si nous voulons que les gens y mettent de l’ardeur.” Ou peut-être que nos valeurs évoluent, et ce n’est pas grave. “Nous sommes moins cupides, en quoi cela pourrait être une mauvaise chose ?” 

5. Le capitalisme sur la sellette?  

“Pour la majorité des individus, le capitalisme ne fonctionne pas.” Non, cette citation n’est pas celle d’un obscur marxiste. Elle est tirée d’un article devenu viral sur LinkedIn, rédigé par Ray Dalio, milliardaire américain. Selon lui, “le monde fait face à un important changement de paradigme.”

  • Option 1 : Le capitalisme se réforme tout seul, comme le promettent 181 grands patrons dans la déclaration de l’organisation “Business Roundtable”. Selon eux, les entreprises ne doivent plus se contenter de tirer profit de la société, mais œuvrer pour l’améliorer, satisfaire les besoins de toutes les parties prenantes et mettre fin à l’obsession du court terme. Agir pour le bien commun est bon pour les affaires, explique Alex Edmans, professeur de finance à la London Business School. Les entreprises vont adopter cette tendance visant à “faire grossir le gâteau plutôt que de se le partager”.
  • Option 2 : Les électeurs, et les gouvernements qu’ils choisissent, prennent la situation en main. Aux Etats-Unis par exemple, la candidate démocrate à la présidentielle américaine, Elizabeth Warren, dans son Accountable Capitalism Act, propose de contraindre légalement les entreprises à respecter leurs engagements. “Nous devons voir des résultats pour contrer le cynisme,” explique Jim O’Neill, économiste et ancien ministre conservateur du gouvernement britannique. La transformation du capitalisme “ne doit pas forcément se produire grâce aux gouvernements, mais j’ai la très nette impression que c’est le seul moyen d’y arriver,” ajoute-t-il. “Les entreprises suivent les règles, et ces règles ne sont pas suffisamment strictes.”

 6. L’Asie toujours plus puissante… mais au ralenti

En 2020, les économies asiatiques seront plus puissantes que l’ensemble du reste du monde pour la première fois depuis le XIXe siècle. L’Asie comptera plus de la moitié de la classe moyenne mondiale. Il ne fait donc aucun doute que le centre de gravité du monde se déplace vers l’est. Mais ce siècle de l’Asie pourrait connaître des débuts chaotiques: le Fonds monétaire international a prévenu que la croissance ralentirait dans la région, avec une économie atone en Chine, des tensions entre le Japon et la Corée, et la paralysie de Hong-Kong en raison des protestations populaires. Au cours du dernier trimestre, l’Inde a par ailleurs atteint son rythme de croissance le plus lent depuis 2013.

Le ralentissement de la croissance en Asie va mettre le système à l’épreuve, souligne Esther Duflo, économiste au MIT et prix Nobel d’économie 2019, “La Chine et l’Inde ont été le moteur qui a permis de sortir de nombreuses personnes de la pauvreté au cours des 30 dernières années, explique-t-elle. Dans un monde où les inégalités ne cessent de grandir, et où les riches deviennent plus riches, il faut souligner que les très pauvres commencent à devenir moins pauvres. Si la croissance ralentit en Chine et en Inde et ne permet plus cette évolution, la question de la légitimité de l’ensemble du projet capitaliste va se poser.” 

7. La flexibilité au travail ne sera plus un “problème de femmes”

Alors que de plus en plus d’employeurs proposent des conditions de travail flexibles, une question importante se pose : comment s’assurer que les bénéficiaires ne soient pas pénalisés dans leur carrière? En 2020, les entreprises désireuses de recruter et de fidéliser les meilleurs talents devront trouver une réponse à cette question. 

Selon un rapport publié par Claire Cain Miller et Sanam Yar du New York Times, les jeunes professionnels souhaitent un rapport différent au travail, avec davantage de flexibilité. Les femmes actives, qui traditionnellement acceptaient des pertes de salaire et renonçaient à des promotions professionnelle pour bénéficier de conditions de travail flexibles, sont ainsi particulièrement susceptibles d’en tirer des avantages. 69 % des femmes avec des diplômes d’études supérieures ayant quitté leur travail seraient restées si leur employeur leur avait offert plus de flexibilité au travail, selon des recherches menées par le Boston Consulting Group.

Mais la politique de l’entreprise ne peut pas résoudre le problème à elle seule. Une entreprise peut être favorable à la flexibilité au travail en théorie, mais si les responsables y font obstacle, la politique ne sert à rien. “Nous devons faire quelque chose pour libérer les talents, explique Lisa Skeete Tatum, fondatrice et PDG du spécialiste LandIt. Mais il faut le faire selon un

personnalisé. Il faut aller à la rencontre des gens.”

En France, pour renforcer la place des femmes dans le monde professionnel, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a créé un index d’égalité hommes-femmes qui s’impose aux grandes entreprises françaises. Dans la continuité de cette mesure, le gouvernement a lancé une concertation, qui doit se prolonger jusqu’au printemps, pour formuler des propositions sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans la sphère économique. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, et la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa présenteront ensuite un projet de loi.

“Même si les distractions ne sont pas nécessairement votre faute, elles sont de votre responsabilité” – Nir Eyal, auteur du livre « Ne vous laissez pas distraire« –

8. La concentration, une qualité en or

Vous est-il déjà arrivé de faire défiler machinalement votre flux Instagram au travail, sans même savoir comment vous vous étiez retrouvé là? Vous n’êtes pas un cas isolé. Selon une étude de la plateforme d’apprentissage Udemy, deux-tiers des employés reconnaissent qu’ils passent au moins une heure de leur journée de travail à regarder leur téléphone. Un réflexe qui coûte très cher aux employeurs. 

“Chaque fois qu’un employé prend son téléphone ou se laisse distraire, il se détourne de son travail, inexorablement,” prévient Brian Solis, auteur du livre ‘Lifescale: How to Live a More Creative, Productive, and Happy Life.’ (‘L’échelle de la vie : comment mener une vie plus créative, productive et heureuse.’) “Ce comportement a d’importantes conséquences, encore peu étudiées, sur la productivité, la créativité et le bonheur d’un employé.” Il existe étonnamment peu de recherches solides à ce sujet, mais des études estiment que le coût en termes de productivité s’élève à plusieurs centaines de milliards de dollars rien qu’aux États-Unis.

“Même si les distractions ne sont pas nécessairement votre faute, elles sont de votre responsabilité,” note Nir Eyal, auteur du livre “Indistractable: How to Control Your Attention and Choose Your Life” (“Ne vous laissez pas distraire : comment contrôler votre attention et choisir votre vie”). Nir Eyal suggère des stratégies pour vous aider à reprendre le contrôle de votre attention : maîtrisez vos notifications, planifiez votre journée, faites des contrats avec vous-même ou vos amis. Et, évidemment, contrôlez vos appareils technologiques. “Le monde est partagé entre deux types de personnes,“ conclut Nir Eyal. “Celles qui laissent d’autres personnes manipuler leur attention et leur vie, et celles qui sont fières de dire qu’elles ne se laissent pas distraire.” 

 9. Moins d’impôts = plus d’emplois?

Atteindre le plein-emploi d’ici 2025 en restaurant la compétitivité des entreprises tricolores, notamment dans l’industrie, telle est l’ambition affichée par le pacte productif cher à Bruno Le Maire. En 2020, le ministre de l’Economie souhaite notamment s’attaquer aux impôts de production. Ces taxes, payées par les entreprises avant même d’avoir dégagé le moindre profit (contribution sociale de solidarité, taxe foncière…), seraient un frein majeur aux embauches dans les PME et les ETI industrielles.

La filière réclame une baisse de 20 milliards d’euros sur cinq ans de ces impôts, parmi les plus élevés d’Europe. Autre mesure sur laquelle planche le gouvernement: une diminution des charges sur les hauts salaires. Aujourd’hui, les allégements bénéficient surtout aux employés peu formés, les industriels souhaitent leur extension jusqu’à 3,5 smic pour doper les recrutements de salariés qualifiés. En échange, ils s’engagent à accroître de 50% l’alternance et l’apprentissage d’ici 2023.

10. L’assurance-chômage va poursuivre sa transformation

L’an dernier, une première vague de réformes durcissait les conditions d’accès aux allocations, mais permettait aux démissionnaires et aux indépendants d’être indemnisés, au moins en partie. A quoi s’attendre en 2020? La mise en place d’un système de bonus-malus sur les cotisations patronales des entreprises (de plus de 11 salariés) de sept secteurs d’activité, censé les inciter à limiter le recours aux contrats courts. Les chômeurs devraient aussi être mieux accompagnés, avec le recrutement de 1.000 conseillers Pôle emploi supplémentaires. Dès avril, un nouveau mode de calcul de l’indemnisation va entrer en vigueur (basé non plus sur les jours travaillés, mais sur le revenu mensuel moyen qui englobe les périodes d’inactivité). Selon le gouvernement, la réforme doit inciter le retour à l’emploi et permettre de rétablir l’équilibre de l’assurance-chômage dès 2021. Le revers de la médaille: un nouveau demandeur d’emploi sur deux recevra des indemnités moins importantes qu’avant la réforme, selon une étude de l’Unedic.

11. En finir (enfin) avec la crise de l’hôpital public

En 2019, les grèves se sont enchaînées pour les salariés de l’hôpital public, afin de demander davantage de moyens et permettre une meilleure prise en charge des patients. En 2020, la tendance devrait se poursuivre. Les moyens promis par le gouvernement grâce à son “plan d’urgence” (+1,5 milliard d’euros sur 3 ans) suffiront-ils à donner un nouveau souffle à l’hôpital public? Une chose est sûre: le système doit s’adapter à l’évolution démographique et à la progression des maladies chroniques, liées non seulement au vieillissement de la population mais aussi au style de vie.

“Ce qui sera décidé en 2020 aura un impact sur la santé en France dans les 20 prochaines années”, estime ainsi Laila Hamdouni, infirmière à l’hôpital de Tonnerre (Yonne) et observatrice engagée des évolutions du milieu de la santé. L’application du plan “Ma santé 2022”, voté en 2019, se poursuivra, avec son programme de lutte contre les déserts médicaux et la mesure-phare de la suppression du numerus clausus pour les étudiants en médecine. Mais ce plan répond-t-il aux enjeux et besoins des usagers et professionnels de la santé

Si rien ne change, il manquera 9 millions dinfirmiers dici 2030 dans le monde.

12. Vers une pénurie mondiale d’infirmiers

De nombreux pays du monde sont confrontés à une pénurie de professionnels de la santé. Le besoin se fait particulièrement sentir dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où la pénurie attendue s’élève à 18 millions au cours des prochaines années. Cependant, certains signes indiquent que 2020 sera, selon l’Organisation mondiale de la santé, l’année internationale des sages-femmes et du personnel infirmier. Ces derniers représenteront près de la moitié de la pénurie anticipée durant les dix années à venir.

Si rien ne change, il manquera 9 millions d’infirmiers d’ici 2030 dans le monde. Pour faire face, l’OMS prévoit une initiative d’envergure pour promouvoir l’éducation, la formation et l’encadrement des infirmiers. Les conséquences d’un tel effort va bien au-delà des postes à pourvoir. “Étant donné que 70% des effectifs mondiaux dans le secteur de la santé sont des femmes, les emplois pour les agents de santé sont des postes pour les femmes,” affirme le Directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus. “En d’autres termes, les agents de santé sont un investissement dont les retombées sont triples: pour la santé, la croissance économique et la parité hommes-femmes”. Une problématique qui touche aussi la France, où 30% des infirmiers abandonnent leur profession dans les 5 ans après l’obtention du diplôme.

13. La bataille du streaming aussi passionnante qu’une série TV

“En 2020, les dépenses en contenu télévisuel original seront supérieures à celles de toute la décennie des années 1990, estime Scott Galloway, professeur de marketing à la New York University. Dans une centaine d’années, la forme d’expression artistique déterminante de notre époque sera la télévision.” Cette année, Apple et Disney ont lancé des services visant à concurrencer les acteurs déjà bien établis comme Netflix, Amazon et Hulu, tandis que HBO Max, Peacock (de la NBC) et Quiby arriveront sur le marché en 2020. “Auparavant, (Netflix) était la seule option possible. Maintenant, on ne sait plus où donner de la tête,” explique Scott Galloway. 

A mesure que le catalogue va s’étoffer, les consommateurs seront sûrement tentés de souscrire à plusieurs abonnements. Une concurrence qui fera baisser les prix. “L’abonnement (Netflix) à 7,99 euros semblait être une offre imbattable,” souligne Galloway. Apple TV+ propose son service à 4,99 euros par mois. Pour Apple, Amazon ou Disney, les services de streaming sont des produits d’appel”, explique-t-il. Ils fidélisent ainsi les consommateurs, ce qui permet de leur offrir d’autres services: parcs d’attractions, figurines, iPhones ou livraisons Amazon Prime. Netflix est le premier arrivé sur le marché et bénéficie encore de cet avantage. Mais jusqu’à quand? Compte tenu des droits d’accès à payer à Apple, Amazon ou Google, la guerre du streaming promet de s’intensifier.

14. Changement climatique: le compte à rebours est enclenché 

Du mouvement Extinction Rebellion au phénomène Greta Thunberg, la pression exercée par l’opinion publique autour de la crise climatique s’est intensifiée. Le compte à rebours jusqu’en 2030 est désormais enclenché. Au cours de la prochaine décennie, 184 pays doivent respecter les engagements qu’ils ont pris lors de la COP21 à Paris il y a cinq ans sur la réduction des émissions de CO2, afin de limiter la hausse des températures de la planète à 2°C. A ce jour, ces promesses ne sont toutefois pas tenues.

Pire encore, l’objectif lui-même est trop bas, il devrait être fixé à 1,5°C d’après les scientifiques. Les activistes espèrent que la COP26 à Glasgow en novembre 2020 permettra de corriger la trajectoire. “Glasgow sera un événement important pour revoir les attentes à la hausse,” explique Oli Brown, chercheur associé à Chatham House. Il sera primordial de maintenir la pression, ajoute sa collègue Laura Wellesley : “Si les préoccupations du public pour le climat et notre consommation continuent à s’intensifier, nous pourrons peut-être prendre des engagements plus ambitieux.”

Quelques semaines avant le sommet, l’association Global Citizen organisera le plus grand spectacle caritatif de l’histoire et diffusera des concerts qui se dérouleront en parallèle sur cinq continents. Ce que la génération X et Live Aid ont fait pour lutter contre la famine en Ethiopie, la génération Z pourrait le réaliser pour lutter contre le changement climatique et les inégalités. “Dans les périodes d’incertitude, les gens cherchent souvent à se regrouper,” explique Hugh Evans, président de Global Citizen. “Je pense que c’est ce qui va se passer en 2020.”

15. Vers la disparition de la “viande” ?

Soucieux du climat et de leur santé, mais aussi préoccupés par la souffrance animale, les consommateurs se tournent vers des alternatives à la viande. Selon les estimations de Barclays, le marché des substituts d’origine végétale pourrait peser 140 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie. Aux Etats-Unis, plusieurs États agricoles ont d’ailleurs adopté des lois visant à limiter l’utilisation de mots tels que “viande”, “burger” ou “lait” aux produits d’origine animale. Le secteur de l’élevage a présenté des propositions similaires au Congrès américain et à la Commission européenne. 

Autre tendance qui pourrait changer la donne au cours des 10 prochaines années: l’arrivée de la viande cultivée. Steaks de bœuf, porc ou poulet pourraient bientôt voir directement le jour dans des laboratoires à partir de cellules animales, et donc sans abattage. 

“Le secteur de l’élevage, pour lequel l’arrivée de la viande cultivée représente une menace très importante, prend déjà les choses en main,” explique Laura Wellesley, une chercheuse associée du think tank de Chatham House, à Londres. “Pendant ce temps, les entreprises de production de viande cultivée s’installent de plus en plus dans les rayons “boucherie” pour cibler les mangeurs de viande”, ajoute-t-elle. Elles ne souhaitent pas que leur accès à ces espaces de vente ou à cette clientèle soit entravé.”

16. La reconnaissance faciale va déchaîner les débats

Les technologies de reconnaissance faciale sont déjà partout. En Australie, elles sont utilisées pour déterminer l’intention des acheteurs des maisons témoins, en Indonésie, pour contrôler la présence des employés de bureau ou encore, en Chine, pour surveiller la concentration des élèves… Même le gouvernement français prépare une application mobile qui demandera aux citoyens de se connecter grâce à la reconnaissance faciale pour accéder à différents services.

Cette transformation s’est enclenchée sans grands débats publics, jusqu’à ce que le mouvement de protestation de Hong Kong mette le problème sur la table. Les opposants dénoncent de nombreux problèmes liés à la reconnaissance faciale: elle crée un faux sentiment de sécurité au détriment des libertés individuelles, elle est beaucoup moins précise pour les peaux foncées, elle instaure une infrastructure opaque qui pourrait être compromise ou utilisée à mauvais escient par des régimes autoritaires. Et, plus simplement, elle pourrait ne pas fonctionner aussi bien que ce que disent ses promoteurs. Il n’est pas surprenant que San Francisco, capitale américaine du numérique, ait décidé d’interdire complètement cette technologie. Le choix d’y avoir recours ou non, et surtout comment, feront certainement débat en 2020.

17. Nous nous lassons (un peu) des licornes

La chute de WeWork nous a rappelé qu’une belle histoire ne suffit pas pour créer une entreprise.

  • Les marchés deviennent plus clairvoyants. Comme le prédit Scott Galloway, professeur de marketing à la New York University, la valeur des sociétés valorisées plus d’un milliard de dollars devrait chuter de 50% en 2020. “Certaines sociétés qui se présentent comme des entreprises de technologie SAAS (logiciel en tant que service) ont remplacé les profits et les marges par la vision et la croissance”, explique-t-il. Il les a surnommées les “incinérateurs”, des entreprises qui brûlent leur cash pour générer de la croissance sans jamais espérer devenir rentables. L’échec de l’introduction en bourse d’Uber était un avertissement (et celle de WeWork une confirmation): les marchés ne se laisseront plus séduire par des fondateurs charismatiques et du storytelling.
  • Mais les habitudes ont la vie dure. Le mythe de l’éclatement de la bulle est attrayant, mais il ne repose sur rien de concret, affirme au contraire Anand Sanwal, PDG de CB Insights. Selon lui, les entreprises valorisées plus d’un milliard de dollars seront surveillées de plus près, notamment par les employées de la tech qui ont payé les pots cassés chez WeWork. Mais il y a beaucoup de capitaux en quête de débouchés, et tellement de secteurs nécessitant des transformations, pour que le phénomène des licornes s’arrête là. “La plupart des startups sont condamnées à disparaître. Il est donc évident que certains financements ont été accordés à de mauvaises entreprises. C’est le jeu!”, explique-t-il. “Les quelques entreprises qui survivent sont celles qui changent vraiment les choses.”

18. A quand la prochaine crise? 

Si les pays développés ont connu une décennie très dynamique après la crise de 2008, une contraction de l’économie est statistiquement attendue depuis longtemps, accentuant l’inquiétude des économistes, décideurs politiques et chefs d’entreprise. Nul ne sait exactement quand aura lieu la prochaine crise. Dans notre panorama des Grandes Tendances 2019, nous avions estimé qu’elle arriverait à la fin de cette année ou en 2020 (nous pouvons encore avoir raison…).

Des experts reconnus tels que Jerome Powell, président de la Banque centrale américaine, et Janet Yellen, ancienne présidente de la Fed,estiment toutefois que l’économie américaine devrait connaître une croissance modérée, mais stable en 2020. Christine Lagarde, la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne, a également indiqué au mois de septembre qu’elle ne prévoyait pas de récession mondiale, même si la croissance était tout juste moyenne et qu’elle était menacée par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Quant à Simon Thorp, directeur des investissements chez Aperture Investors, il craint que les outils traditionnels de stimulation, comme la baisse des taux d’intérêt et les programmes d’achat d’obligations, permettent moins de stimuler les investissements lors de la prochaine récession. Pour ceux qui veulent anticiper, voici un tableau pratique qui illustre ce qui pourrait déclencher la prochaine crise mondiale le moment venu.

19. Les GAFA dans le viseur des régulateurs

Notre époque devrait être placée sous le signe de l’innovation. Mais ce n’est pas le cas, affirme Scott Galloway, professeur de marketing à la New York University. Aux Etats-Unis, “deux fois plus de startups ont été créées sous l’administration du Président Carter (1977-1981) qu’aujourd’hui,” souligne-t-il. “La raison est simple: les secteurs de notre économie qui connaissent la croissance la plus rapide (le matériel informatique, les réseaux sociaux, la recherche et le commerce en ligne) sont contrôlés par une ou deux entreprises.” Scott Galloway estime qu’une action antitrust pourrait endiguer ce problème. Il ajoute que ce processus débutera en Europe, mais que les grandes entreprises de la tech resteront longtemps sous la protection de Washington. Il n’y qu’à voir la tentative de la France d’imposer une taxe sur le chiffre d’affaires des GAFA, qui a été accueillie par des menaces de représailles américaines.

Aux États-Unis, ce sont les villes et les États qui dirigent les actions antitrust. Les sociétés locales sont aujourd’hui contraintes de se tourner vers Google, Amazon et Facebook pour atteindre les clients. Mais ces plateformes sont accusées d’affaiblir leurs concurrents de plus petite taille en changeant les algorithmes de recherche et en réduisant le trafic sur leur site web. “La taille même de ces entreprises, ainsi que l’intégration omniprésente de ces plateformes soulèvent des questions qui devraient inquiéter quiconque se préoccupe de l’accès au marché, de la confidentialité des données, du développement des petites entreprises, de l’entrepreneuriat et de l’innovation,” estime Nydia Velázquez, présidente de la commission chargée des petites entreprises à la Chambre des représentants des États-Unis. 

20. Le Brexit toujours à l’agenda britannique et européen

Les dates du 29 mars et du 31 octobre sont passées sans que le Royaume-Uni ne quitte l’Union européenne comme prévu. Face aux enjeux des élections générales britanniques qui auront lieu jeudi 12 décembre, la troisième échéance, fixée au 31 janvier, pourrait bien, elle aussi, être un rendez-vous manqué. 

Quoi qu’il arrive, le Brexit et sa montagne de problèmes associés demeureront au cœur des préoccupations en 2020 et au-delà. Selon Ian Bremmer, président d’Eurasia Group, il faudra de nombreuses années pour négocier les accords commerciaux, déterminer de nouveaux principes de fonctionnement pour le commerce et l’immigration et s’habituer à une nouvelle normalité avec l’Union européenne. “Le Royaume-Uni a pris une très mauvaise décision pour son économie actuelle et à long terme, explique l’expert. Et ce n’est pas près de changer.” 

“Ce n’est pas le défi le plus important auquel le Royaume-Uni est confronté,” réplique Jim O’Neill, pour qui la détérioration de la productivité, les lacunes en matière de compétences et les inégalités sociales représentent une menace encore plus grande”. Attendez-vous donc à retrouver le Brexit dans les Grandes Tendances 2021.